Bitcoin la monnaie de demain ?

Le 12 février, 3 autorités (Autorité bancaire européenne, Autorité européenne des marchés financiers et Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles) indépendantes entre elles et vis-à-vis des instances démocratiques ont publié un avertissement destiné au grand public sur les risques liés à l’achat et la détention de monnaies virtuelles.

Voici les conclusions : si vous décidez d’acquérir des monnaies virtuelles ou d’acheter des produits avec ces dernières, vous devrez comprendre leur réelle caractéristique et les risques que vous encourez. Pensez à ne pas investir de l’argent que vous ne voulez pas perdre. Assurez-vous de prendre les précautions nécessaires pour vos supports matériels et vos équipements informatiques lorsque vous accédez à vos monnaies virtuelles. Sachez également qu’acheter des produits auprès d’une institution réglementée n’atténue en rien ces risques.

Mais ces propos, tout le monde savait ! En effet, les orateurs aussi bien que les entrepreneurs l’ont répété depuis des années. Nombreux sont ceux qui ont appris, par leur expérience et à leurs frais, les risques liés à ces monnaies virtuelles décentralisées sans besoin de lire un journal. D’ailleurs, ces risques ne sont pas les mêmes que pour la monnaie de dette commerciale bancaire.

L’avertissement du 12 février était-il donc adressé au grand public ? La première chose à noter est que la déclaration était en anglais. Une action pouvant paraitre anodine dans les pays anglophones, mais non pour les pays francophones. En effet, les rédacteurs ont certainement jugé qu’il fallait protéger le lecteur lambda réputé comme ignorant et naïf. Ainsi, la simple reprise de la mention « régulateurs européens mettent en garde… » aurait certainement ouverte des polémiques.

Le sujet Bitcoin est difficile à comprendre !

La première difficulté pour ceux qui posent les questions sur bitcoin concerne le fait que les questions ne sont pas pertinentes comme qui garantit Bitcoin ou dans quel pays se trouve son registre ? Face à cela, un petit jeu mental peut répondre à la question. Vous êtes-vous déjà retrouvé dans une situation où Monsieur Trichet (l’homme de la blockhain détachable) ou Monsieur Draghi sont obligés de répondre à des questions qu’est-ce qui vous empêche de créer un euro supplémentaire ? Comment laisse-t-on une banque stocker ses écritures dans son propre silo ? Qu’est-ce qui vous empêche de falsifier une écriture ? Eh bien non ! Jamais de telles questions n’ont été posées.
L’autre difficulté réside dans le fait que toutes explications données sont immédiatement interrompues, car apparemment elles seraient incompréhensibles. L’incompréhension vient peut-être de la mauvaise foi des experts économiques assurant qu’ils ne comprennent rien alors qu’ils ont les capacités pour les comprendre, vous entendrez souvent dire que Bitcoin est juste un ponzi, aussi dangereux que jouer au casino en ligne.
Quoi qu’il en soit, la difficulté conceptuelle de Bitcoin sert de prétexte à toutes les paresses. D’ailleurs, à ces instants où l’accès à l’information n’a jamais été aussi facile, il existe encore de nombreux commentaires énoncés par des ignares.
Il convient par ailleurs de noter que malgré la qualité des formations et des compétences de ceux ayant un niveau élevé pour proposer une règlementation pertinente, ils ne sont pas en mesure de soumettre leurs hypothèses, pourquoi ?
Pour répondre à la question, reprenons les hypothèses développées par Philippe Silberzahn il y a quelques années au sujet des stupéfiantes erreurs du célèbre rapport Théry de 1994 visant à enterrer Internet. Il explique 3 facteurs :
– L’extrapolation à savoir l’hypothèse implicite que la chose critiquée soit demain « comme aujourd’hui en un peu plus ou un peu moins ». On insiste sur le faible effectif de personnes intéressées par Bitcoin en comparant les nombres de transactions effectuées sur le Visa, on prévoit l’avenir aux règles de trois puis on réinvente l’histoire pour mieux l’extrapoler. Selon eux, la déconnexion de la monnaie de toute référence à une valeur aurait été un progrès spirituel, l’ambition de Bitcoin de créer une monnaie-valeur est donc absurde
– Le raisonnement toutes choses égales par ailleurs part du principe que le reste du monde ne changera pas non plus. On insiste sur ses faiblesses, ignore sa dynamique et on met en doute la confiance qu’on apporte au Bitcoin, sans se demander si les mises en garde ne font pas juste monter les cours
– Le biais identitaire amène à juger que la vision développée par les Autorités est modelée par l’identité sociale et professionnelle de ses dirigeants. Pour appuyer cela, comme les monnaies virtuelles ne sont pas réglementées par la législation de l’UE, par conséquent les consommateurs utilisant cette monnaie ne disposent d’aucune protection associée aux services financiers règlementés
Pour conclure, Bitcoin ne fait pas partie de leur vraie vie et ils n’imaginent ni changer de vie, ni que celle des autres soit différente de la leur. D’ailleurs, ils imaginent mal que le système puisse changer.